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En ma fin est mon commencement

1 Janvier 2015

Chers camarades,

Avant même que 2014 s’achève, nous sommes déjà tournés vers 2015. En décembre, on dirait que la nostalgie a tendance à se montrer le bout du nez. Les souvenirs remontent et un visage de ma jeunesse a refait surface. Dans mon Joliette natal, une communauté d’hommes prenait pas mal de place. On les appelait les Clercs de Saint-Viateur. Il y avait du bon et du borné. Mais tout de même, certains avaient beaucoup voyagé et nous ouvraient des voies peu fréquentées dans Lanaudière. J’entends encore les récits du père Raymond. Il avait bien connu la Chine. Je peux quasiment le citer de mémoire : « C’est vrai ce qu’enseigne un livre de sagesse chinoise, appelé le Yi King, qui se termine par ceci : En ma fin est mon commencement. C’est aussi cette devise qu’avait choisie la reine Marie Stuart. Pendant sa longue captivité, elle l’avait même patiemment brodée. »

Non, le père Raymond ne faisait pas de broderie et je ne vais pas commencer à mon âge. Mais, avec les années, j’ai l’impression de mieux comprendre l’enseignement des Chinois. En fait, le cycle des saisons nous le rappelle. Nous arrivons à Noël où les jours sont si courts. Les gens partent du travail en fin d’après-midi alors qu’on est déjà entré dans la soirée. Et ils avaient quitté la maison pendant que le jour hésitait encore à se lever.

Comme l’écrit un ami poète : « Un long tunnel sombre débouche pourtant sur la splendeur de Noël, où l’on accroche aux arbres des gouttes de lumière. » C’est vrai. Le temps m’a appris qu’au moment où tout semble avoir définitivement sombré, une bascule s’opère. Le solstice d’hiver accouche d’une lumière neuve qui ne cessera plus de croître pendant des mois.

La citation du père Raymond est encore valable et je crois qu’elle s’applique à ce que je vis depuis que j’ai accepté cette présidence. En ma fin est mon commencement, auraient aussi pu écrire bien des artistes que j’ai rencontrés alors qu’ils craignaient de se noyer dans un trou noir dans lequel la Fondation a pu lancer une bouée de sauvetage qu’ils ont attrapée juste à temps. Excusez la référence maritime, on ne se refait pas.

C’est fou ce qu’un peu d’aide arrive parfois à accomplir. L’argent, bien entendu : le loyer, la nourriture, les vêtements d’hiver et parfois, les bottes pour les enfants, tout comme le manteau chaud pour un artiste âgé. Eh oui !

Mais aussi, beaucoup, souvent, la recharge d’énergie, le coup de talon au fond du fond du puits qui permet de rebondir, de retrouver la confiance nécessaire pour continuer sa vie d’artiste : l’envie d’élaborer de nouveaux projets, de se lancer dans une autre aventure rocambolesque, de réaliser une énième histoire de fous, comme les artistes peuvent en inventer.

Quand on travaille moins, on a plus de temps pour lire. J’en suis même rendu à citer des poètes : « Dans la nuit du solstice d’hiver, le germe des feux du plein été est déjà vivant. » Je ne l’aurais pas dit comme ça, mais je ne sais pas si je le dirais aussi bien.

À sa manière, la Fondation le prouve dans la vie de bien des artistes. Il y a là un grand sujet de fierté. Bon ! Je me lance dans la poésie. Après tout, c’est Noël ! Je prends tous mes remerciements et j’en fais une jolie gerbe de bonheur que je vous offre dans la belle tradition qui se poursuit depuis des siècles. Sachez-le, sans votre générosité, rien de cela ne serait possible.

Joyeux Noël, bonne et heureuse année !