Vous êtes ici

Partager sur

Les artistes vivent vieux! Je voudrais qu'ils vivent mieux.

12 Juin 2015

Devenir un peu plus fragile, voilà une vérité incontournable en vieillissant. À vingt ans, on se relève d’une mauvaise grippe en quelques jours. Dans la soixantaine, on se rend vite à la bronchite et on en revient beaucoup plus lentement, soulagé d’avoir évité la pneumonie. Bon ! La beauté, c’est qu’on est certain de ne pas mourir jeune. Mais tout de même, il faudrait que ce soit pour vivre en santé, bien dans sa peau, content de se lever le matin. Et il ne faut pas oublier une double caractéristique que partagent tous les artistes : l’envie d’entreprendre, le désir de s’accomplir.

Grâce aux diverses ententes collectives signées par l’UDA au cours des décennies précédentes, plusieurs membres de cette génération appelée les baby-boomers ont pu préparer une sorte de retraite convenable. Mais pour y parvenir, il fallait avoir beaucoup travaillé et pour des cachets mieux que décents. Ce n’est hélas pas le cas de tout le monde. Il y a des premiers rôles, bien sûr, mais l’existence des deuxièmes et troisièmes rôles est incontournable. Tout le monde ne peut pas interpréter Roméo ou Juliette. Et les revenus vont en conséquence.

Au moment où le travail se fait moins accaparant, à cette époque qui devrait être bénie et s’appeler véritablement l’Âge d’Or, beaucoup de nos camarades vivent en fait une longue traversée du désert. Pourtant, ils ont mis tout leur cœur à l’ouvrage et, sans eux, nous n’aurions pas la vitalité culturelle qui nous a dis­tingués de toutes les autres collectivités en Amérique du Nord.

Nous sommes responsables de la culture française pour ce qu’on a longtemps appelé le Nouveau Monde. Et nous demeu­rons irremplaçables. Heureusement, notre devoir et notre désir se conjuguent. Nous aimons la langue française et nous investissons tout notre être dans ce métier que nous choisissons comme on réalise un rêve. Les années passent. Je ne voudrais pas que ce rêve tourne au cauchemar.

Comme président de la Fondation des artistes, je me sens interpellé par le sort de nos aînés. Bien sûr, ce ne sont pas les seuls artistes que nous aidons. Je sais qu’à toutes les étapes d’une vie d’artiste, une période difficile est possible. Et je crois que l’on peut en sortir plus fort. J’ai d’ailleurs pu le constater à plusieurs occasions.

Toutefois, avec les années, le processus peut être plus lent. Je dirais même qu’il ne peut être garanti. Voilà pourquoi, chers camarades, nous nous penchons sur de nouvelles avenues qui nous permettront de répondre aux besoins plus importants que je prévois dans quelques années.

Les artistes vivent vieux ! Je voudrais qu’ils vivent mieux.

Je sais, ça ressemble à un voeu pieux. Pourtant, si vous saviez comme ce désir me motive. J’ai tellement de camarades qui ont vécu une belle vie d’artiste sans pouvoir amasser un fonds de pension décent que je ne peux que me sentir personnellement interpellé. Plus on vieillit, plus les grands rôles sont rares. Et pourtant, le goût de vivre demeure aussi fort. Alors, tant qu’à vivre, autant bien vivre, n’est-ce pas ?

Tant que je présiderai la Fondation des artistes, je ne vous lâcherai pas et j’aurai toujours besoin de vous. Alors, répétez après moi : « Les artistes vivent vieux ! Je voudrais qu’ils vivent mieux. »

Bon été 2015 !